Jules Vallès évoque peu ce petit village dans ses écrits. Vourzac est pourtant le lieu où est né son père en 1807, fils de Jean-Louis Vallès et de Marianne Besse. Vourzac est un hameau de la commune de Sanssac l’Eglise.Ce village situé sur le plateau du Devès, borde une petite vallée ou coule le ruisseau le Vourzac. Entre Farreyrolles et Vourzac, il n’y a que peu de distance. De ce fait Jules Vallès devait pouvoir cheminer entre les deux villages pour rencontrer sa famille maternelle (Farreyrolles) et paternelle (Vourzac).
Vourzac était un village très rural composé essentiellement d’agriculteurs. Les grands-parents paternels de Jules Vallès étaient propriétaires de quelques terres et devaient être une famille d’agriculteurs « moyens » : ni pauvres, ni riches. Ils purent payer un remplaçant à leur fils lorsque celui-ci fut menacé par la conscription. Pour se faire, ilsdurent payer une indemnité au remplaçant de deux mille francs, ce qui était une somme énorme pour l’époque.
L’acte de remplacement précise que Jean-Louis Vallès :
« originaire de Vourzac, commune de Sanssac, classe 1827 et n°6 du canton de Loudes, est remplacé par le soldat François Grégoire, congédié du 11éme régiment d’infanterie légère, originaire d’Espaly, moyennant une indemnité de deux mille francs. »
Le père de Jean-Louis Vallès paya 300 francs immédiatement, les 1700 francs restants devaient être réglés plus tard, en quatre règlements, à raison d’un règlement par an.
Jules Vallès a dû parcourir Vourzac et a donc pu observer le patrimoine de ce pays, patrimoine dont on peut encore voir aujourd'hui :
- Le four à pain
- Le métier à ferrer
- L’assemblée
Vourzac possédait sur sa section de nombreuses sources qui furent convoitées, puis exploitées par la ville du Puy pour s’alimenter en eau. Les documents des archives départementales précisent que la ville du Puy dédommageait le hameau de Vourzac, qui put avec cet argent financer des travaux ,comme, par exemple, la construction d’un lavoir sur le village.
Durant ses voyages à Vourzac, Vallès a dû voir vivre ce patrimoine avec la fabrication du pain, la vie de la béate, etc. .
Par la sauvegarde de ce petit patrimoine, c’est la mémoire de la vie d’antan qui est conservée et que l’on retrouve dans les écrits de Vallès.
MAISON DU PERE DE VALLES
(Ullisse Rouchon)
Les fours à pain
Tout au long du chemin Jules Vallès, dans les villages traversés, on peut observer des fours à pain. Ces édifices font partie du patrimoine d’un temps révolu. Mais pour mieux comprendre leur rôle voici une explication sur ces édifices.
- Description :
Les fours à pain étaient généralement
édifiés sur le communal du village. Il existe aussi des
fours à pain attenant aux fermes qui sont privatifs et de facture
plus récente, c’est à dire post-révolution.
Les fours à pain se composent de deux enceintes contiguës
: l’une close qui constitue la chambre de cuisson proprement dite
nommée « cul de four », l’autre, nommée
« fournil » qui sert au boulanger de pièce de travail
et de resserre. Ces deux entités ont en commun un mur de refend
médian d’où émerge le conduit en brique plus
ou moins volumineux pour l’évacuation de la fumée.
Vu du dehors, l’aspect est celui d’un bâtiment légèrement
plus long que large, à deux pans, à la toiture couverte
de tuiles. Sur l’un des pignons s’appuie le cul de four,
petite construction basse, semi-circulaire, de largeur moindre que le
fournil et possédant sa propre toiture en forme de demi cône
ou plate à une seule pente. L’accès se fait soit
part une porte située à l’opposé du cul de
four, ou bien par le mur gouttereau. Une petite fenêtre éclaire
l’espace intérieur.
- La cuisson du pain :
La vieille de la cuisson, le boulanger préparait
la pâte avec de la farine de seigle, de l’eau, du sel et
du levain. Il laissait ensuite reposer l’ensemble toute la nuit.
Le lendemain, à partir de la pâte, il fallait préparer
les tourtes que l’on farinait et disposait dans des paniers en
paille torsadée. Durant tout ce temps, on allumait le feu à
l’aide de fagots secs et de bûches de sapin pour obtenir
la température adéquate. Quand le four ne fumait plus
et que toutes les briques étaient devenues blanches, on récupérait
les cendres à l’aide d’une sorte de grand râteau.
Ces cendres serviront d’engrais ou de lessive. Ensuite il fallait
enfourner les tourtes l’une après l’autre, en les
disposant d’abord à la périphérie du four
puis au centre. Après on fermait la porte et l’on attendait
2 heures pour défourner les tourtes.
- Le bois de boulange
Le grand nombre de fours à pain établis à la campagne au 19éme siècle fit naître une activité forestière d’un genre particulier, destinée à alimenter les fours en bon bois de chauffe tiré des pinèdes locales. On réserva alors certaines parcelles au jardinage du pin dit de « boulange » selon des méthodes particulières en vue de le transformer en fagots. Cette pratique avait pour but de couper les branches principales des pins pour que seules les branches basses se développent et forment la nouvelle ossature de l’arbre. Ensuite tous les 4 à 5 ans on coupait les branches les plus fortes et les plus élevées ayant tendance à prendre une direction verticale. Un pinatelle bien entretenue produisait pendant 60 à 100 ans, sans que les arbres ne dépassent jamais 1 m. 80 à 2 m. Le travail des bûcherons était alors facilité. Ils débitaient les plus fortes branches en rondins pour s’en servir pour chauffer le four.
Aujourd'hui, le bois de la pinatelle du Zouave à proximité de Farreyrolles, est un bel exemple de ce type de culture.
LES BEATES et LES ASSEMBLEES
Une Béate : grand-tante Agnès
« Grand-tante Agnès.
On l’appelle la béate.
Il y a tout un monde de vieille fille qu’on appelle de ce nom
là.
M’man, qu’est-ce que ça veut dire, une béate
?
Ma mère cherche une définition et n’en trouve pas
.
Elle parle de consécration à la Vierge, de vœux d’innocence.
« L’innocence. Ma grand-tante Agnès représente
l’innocence ? C’est fait comme cela l’innocence
! »
Elle a bien soixante-dix ans, et elle doit avoir les cheveux blancs
; je n’en sais rien, personne n’en sait rien, car elle a
toujours un serre-tête noir qui lui colle comme du taffetas sur
le crâne ; elle a, par exemple, la barbe grise, un bouquet de
poils par ici, une petite mèche qui frisotte par-là, et
de tous cotés des poireaux comme des groseilles, qui ont l’air
de bouillir sur la figure.
…
« Vœux d’innocence ».
Ma mère fait si bien, s’explique si mal, que je commence
à croire que c’est mal propre d’être béate,
et qu’il leur quelque chose, qu’elles ont quelque chose
de trop.
Béate ?
Elles sont quatre béates qui demeurent ensemble, pas toutes avec
des poireaux couleur de feu sur une peau couleur de cendre, comme grand-tante
Agnès, qui est coquette, mais toutes avec un brin de moustache
ou un bout de favoris, une noix de côtelette, et l’inévitable
serre-tête, l’emplâtre noir !
On m’y envoie de temps en temps.
C’est au fond d’une rue déserte ou l’herbe
pousse.
Grand-tante Agnès est ma marraine, et elle adore son filleul
.Elle veut me faire son héritier, me laisser ce qu’elle
a, - pas son serre-tête, j’espère.
…
On fait des prières à tout bout de champ :
Amen ! Amen ! Avant la rave et après l’œuf.
Les raves sont le fond du dîner qu’on m’offre quand
je vais chez la béate ; on m’en donne une crue ou une cuite.
Je racle la crue, qui semble mousser sous le couteau, et a sur la langue
un goût de noisette et un froid de neige.
Je mords avec moins de plaisir dans celle qui est cuite au feu de la
chaufferette que la tante tient toujours entre les jambes, et qui est
le meuble indispensable des béates. Huit jambes de béate,
quatre chaufferettes- qui servent de boîte à fil en été,
et dont elles tournent la braise avec leur clé en hiver.
Il y a de temps en temps un œuf.
On tire cet œuf d’un sac, comme un numéro de loterie,
et on le met à la coque, le malheureux ! C’est un véritable
crime, un coquicide, car il y a toujours un petit poulet dedans.
Je mange ce fœtus avec reconnaissance, car on m’a dit que
tout le monde n’en mange pas, que j’ai le bénéfice
d’une rareté, mais sans entrain, car je n’aime pas
l’avorton en mouillette et le poulet à la cuiller. »
Jules Vallès – L’Enfant –
Mi religieuse, mi laïque, la vie des béates a longtemps été celle des hameaux isolés de la Haute-Loire. Née dans le Velay, cette institution unique est appelée « institution des demoiselles de l’instruction » fondée en 1665 par une jeune fille du Puy Anne Marie Martel.
La béate avait pour rôle de « propager les lumières de la foi », c’est à dire d’enseigner le catéchisme. Elle exerçait aussi dans le domaine scolaire avec l’apprentissage de la lecture et de l’écriture et, elle était monitrice de dentelle car c’était une activité prépondérante pour permettre aux paysannes de gagner un peu d’argent.
Le costume de la béate est celui d’une religieuse : il consiste en une robe de laine noire sur laquelle brille une petite croix d’argent ; la tête est serrée dans une coiffe blanche, plate, autour de laquelle bouffe une capote de taffetas noir – la calèche - , plissée sur sa nuque, dont les ailes pendent de part et d’autre du visage et peuvent se replier sous le menton.
La béate reste une laïque faisant partie d’une institution de filles pieuses soumises à une règle commune. Elles sont organisées suivant une structure horizontale à l’intérieur de laquelle il n’existe pas de grade les distinguant les unes des autres. Dans leur majorité, les béates sont originaires de la Haute-Loire et proviennent de communes paysannes. Les béates suivent une instruction au Puy avant d’être nommées dans un hameau. Mais l’instruction qui leur est donnée reste rudimentaire. Elles sont généralement nommées dans leur paroisse d’origine ou à proximité car de ce fait elles connaissent bien les coutumes locales, celles- ci pouvant différer d’un lieu à l’autre du département, mais, elles ne seront jamais nommées dans leur hameau d’origine. L’envoi d’une béate dans un hameau n’est pas dû à l’initiative de la congrégation mais ce sont les délégués des hameaux qui en font la demande à la maison mère.
La Haute-Loire fut un terrain très favorable au développement des béates dans la mesure où les maisons ne sont pas dispersées, mais au contraire groupées en une multitude de hameaux trop petits pour posséder un couvent ou une école, mais assez importants pour être un terrain privilégié pour l’œuvre des béates.
La béate disposait d’une maison dite
assemblée ou couvent, avec pour principe que la maison et le
mobilier qui la compose soient fournis par les habitants du hameau qui
l’accueillent. Par ailleurs, la règle exige que les maisons
des béates soient toujours construites sur le même type
:
- le rez-de-chaussée comprend une salle pour recevoir les enfants
et les habitants du hameau
- L’étage sert d’appartement dans lequel vit la béate.
Il comprend deux pièces séparées par un galandage
en bois : une cuisine et une chambrette.
- Enfin, au dehors, au sommet du mur pignon, une petite cloche surmontée
d’une croix permet de rythmer les heures de la vie du village.
A l’intérieur de l’assemblée, le matériel scolaire reste sommaire. On y retrouve en général une horloge pour respecter le découpage de la journée prévu dans la règle, des bancs de pins, une table, il n’y a pas de poêle et, l’hiver, les élèves doivent amener leur chauffe-pieds. La présence d’un tableau est rare et celle des cartes de géographie encore plus; en revanche les murs sont abondamment garnis d’images pieuses.
La contribution des habitants ne s’arrêtait pas à la fourniture d’une maison, mais s’étendait aussi à l’entretien quotidien des béates.
La journée de la béate était réglée : de cinq heures du matin à onze heures du soir, sa vie se déroule à l’assemblée avec les leçons aux enfants entrecoupées par les pratiques religieuses. Le soir, la béate invite les femmes et les filles à se rendre à la veillée. Les femmes travaillant alors sur leur carreau à dentelle et sous la direction de la béate qui préside la veillée et qui doit prévenir les conversations légères ou malveillantes. De plus la béate fait chanter des cantiques, écouter une lecture religieuse et réciter le chapelet.
La béate a donc un rôle central dans le village mais la règle lui demande de fermer les yeux sur ce qui se passe à l’intérieur des ménages, et de ne pas se mêler des affaires privées (mariages, testaments, procès, …). La béate est à l’écoute des villageois et de leurs besoins, mais elle leur demeure plus ou moins extérieure et ne se fond pas avec eux.
En 1864, on compte environ 800 béates implantées
surtout dans le bassin du Puy, dans la haute et moyenne vallée
de la Loire et sur le versant ouest du haut Velay.
Le déclin des béates provient de la loi Ferry de 1880
avec la mise en place de l’école laïque qui va aboutir
à la disparition de cette institution. Les béates vont
se voir remplacer par les instituteurs laïques et les pouvoirs
publiques vont essayer de les éliminer. Cependant l’attachement
des habitants de la Haute-Loire envers les béates va ralentir
leur disparition. Le renouvellement des béates ne se faisant
plus, inexorablement elles seront condamnées à disparaître.