Sénilhac : Vallès et la famille Calemard de Lafayette

Jules Vallès

Sénilhac : Calemard de Lafayette

 

Dans le hameau de Sénilhac se trouve le domaine agricole de la grande famille des Calemard de Lafayette.Durant sa jeunesse, Julie Vallès, mère de Jules Vallès travailla comme femme de ménage pour cette famille . Des liens vont alors naître entre les deux familles – Vallès et Calemard -. Les Vallès vont au cours de leur vie, et à plusieurs reprises, solliciter l’aide de la famille Calemard de Lafayette et plus particulièrement de Charles Calemard de Lafayette.

Charles Calemard de Lafayette :

Fils du Docteur Calemard de Lafayette, il naquit au Puy en Velay le 9 avril 1815. Tout jeune, il part pour Paris où il va se laisser tenter par la politique et où il représenta quelque temps ses compatriotes à l’assemblée nationale. Mais en 1845 après les agitations d’une vie mondaine, il retourne au Puy sur ses terres de Sénilhac pour se consacrer à l’agriculture.

Et tandis qu’il déployait une ardeur infatigable à défricher, semant des moissons là où rien n’avait germé jusqu’alors, il traduisait Dante, lisait Virgile et préparait ainsi son œuvre par le travail de l’esprit, des mains mais aussi par la méditation et la prière.

C’est en 1862 que parut le Poème des Champs qui forme un volume d’environ deux mille vers divisé en huit chants. Tout est passé en revue, comme pour faire l’instruction agricole du lecteur : les saisons, le travail, les semailles, les joies, les épreuves, les instruments, … .

« Et maintenant pourquoi tairai-je dans ces vers
Comment il vous sont dus à des titres divers ?
O Duc ! sur le plateau rebelle où je défriche,
Nous gardons amitié pour le vallon plus riche ;
La villa, solitaire aux champs de Sénilhac,
Ne saurait oublier les voisins de Ceyssac. »

Poème des champs de
Charles Calemard de Lafayette

Par la suite, Calemard fera paraître d’autres recueils de poésie et des romans : l’Adieu (1885), Sœurette (1890), Les veillées de ferme (1854). Charles Calemard de Lafayette mourut, le 6 avril 1901 sur les terres du Velay qu’il avait aimées, où il avait travaillé et qu'il avait décrites.

 

Les liens entre les familles Calemard De Lafayette et Vallès

Comme je le précisais auparavant, la famille Calemard a, à plusieurs reprises, aidé la famille Vallès. Les liens entre les deux familles débutent donc avec Julie Vallès lorsqu’elle n’était encore que Julie Pascal et qu’elle travaillait comme femme de ménage sur le domaine de Sénilhac dans la famille Calemard de Lafayette. Plus tard, c’est Jean-Louis Vallès qui va solliciter entre 1830 et 1839, l’appui du Docteur Calemard de Lafayette pour obtenir un poste de surveillant, d'instituteur ou de maître d’étude au collège communal puis royal du Puy.

Par cela, on voit que la famille Calemard de Lafayette aida par ses nombreuses connaissances la famille Vallès. De ce fait lorsque Jules Vallès se retrouva étudiant à Paris, il commença à écrire et pour se faire publier, il sollicita Charles Calemard de Lafayette, car celui-ci collaborait depuis plusieurs années à une revue littéraire ; l’Artiste. Dans la lettre de jules Vallès adressée à Charles Calemard de Lafayette, Vallès sollicite carrément d’entrer dans le sanctuaire de la revue l’Artiste. Voici sa lettre :

« Monsieur,
Mon nom ne vous est pas tout à fait inconnu. Fils, comme vous des montagnes du Velay, peut être m’avez-vous vu, enfant, courir sur les plates-bandes de votre jardin et grimper aux arbres du parc. J’étais alors un mince collégien, tout fier des couronnes qu’il obtenait sous le titre de Jules Vallez, élève de septième, aimant fort les vacances pensant peu à la gloire.
Depuis, j’ai succombé aux tentations du démon, et me voici définitivement enrôlé sous le drapeau littéraire.
Mon père eut l’honneur de vous rencontrer à Sénilhac, l’année dernière ; il vous parla de moi, en avouant avec douleur, le professeur austère, que j’aimais plus Victor Hugo que Salvandy, que je préférais la gloire du poète au traitement du maître d’études ! Vous voulûtes bien, Monsieur, lui promettre l’appui de votre gracieuse bienveillance pour son fils, lors de votre retour à Paris.
Il y a longtemps, Monsieur, que je vous sais un amant de l’art et un poète. C’est dans l’Artiste, tombé sous ma main au sortir des études classiques, si froides et stériles, que j’ai lu les premières pages écrites avec une langue neuve dans un esprit jeune et élevé. Je me rappelle la douleur du pâtre à la mort de Rosette, et je me souviens de votre hymne à nos montagnes. Dans votre dernier livre, j’ai appris machiavel.
C’est à vous, monsieur, que je dois le sujet d’une pièce que j’ose vous envoyer.
Vous disiez dans un style plein d’âme qu’il fallait au peuple, avec la nourriture du corps, l’aliment du cœur, et vous l’appeliez l’Art au secours de ses souffrances. Permettez-moi de vous dédier ces vers inspirés par la même pensée. Le débiteur s’acquitte de sa dette, le rimeur rend un humble hommage au poète.
Si vous trouvez ma jeune poésie digne de vous, digne de la publicité, je vous demanderai, Monsieur, de m’entrouvrir les portes du sanctuaire où vous êtes entrés de plain-pied.
Pauvre, ignoré, j’ai besoin d’un appui. Daignerez-vous me l’accorder en répondant à votre jeune compatriote par un mot d’encouragement, une parole d’espoir ? Votre nid est sur les hautes branches. Le mien se cache dans les buissons ; je chanterai longtemps sans être entendu. Aidez-moi à voler plus haut, et je vous devrai peut-être mon avenir, je n’ose pas dire ma gloire. »
Jules Vallès – Lettre du 26 avril 1853

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